A ) Les Secrets du tournageClaude Rich (13min38)Interprétant le Général Leclerc et l'officier Pierre de La Fouchardière,
Claude Rich partage ici de nombreuses anecdotes liées au tournage de
Paris brûle-t-il ?. Le grand comédien français se souvient de son arrivée sur le film et de sa collaboration avec
René Clément qui lui avait offert d'abord le rôle de Pierre de La Fouchardière. C'est par hasard, en essayant une fausse moustache et un képi qui traînaient dans la loge maquillage, que
Claude Rich se voit engagé pour interpréter également le rôle du Général Leclerc, rôle que le réalisateur avait du mal à distribuer car il ne trouvait pas de comédien ressemblant au personnage. L'acteur réalise donc une double performance dans le film mais se voit doublé pour son interprétation de Leclerc, sa voix ayant été jugée trop juvénile pour le personnage.
Claude Rich en vient ensuite à sa préparation, explique par exemple comment il a adopté la posture du Général sur les conseils du frère de ce dernier, en dépit du désaveu du reste de la famille de Philippe François Marie, comte de Hauteclocque (vrai nom du Général, Leclerc étant son nom de résistant) qui ne voulait pas qu'on le représente dans le film. Quelques photos de tournage viennent illustrer cet entretien passionnant, bourré d'humour et de verve, mais aussi d'émotion quand
Claude Rich se remémore la Libération de Paris qu'il a connu, il avait alors 16 ans à l'époque.



Michel Wyn, assistant réalisateur (37min18)Ayant officié principalement à la télévision (La Demoiselle d'Avignon en 1972), le réalisateur
Michel Wyn a également été l'assistant de
Christian-Jaque sur
La Tulipe noire,
Henri Verneuil sur Le Président, et surtout de
René Clément sur
Paris brûle-t-il ? . Richement légendé d'archives, d'extraits de scénario, de correspondances et de dessins de travail, cet entretien riche et captivant en dit long sur la préparation et le tournage du film de
René Clément. Engagé en tant qu'assistant réalisateur au même titre qu'
Yves Boisset,
Michel Wyn se souvient de la mise en route du film (qui a découlé du succès du
Jour le plus long), des tensions constantes entre
René Clément (soucieux de l'authenticité du film) et le producteur Paul Graetz (qui désirait plutôt une épopée à la Darryl F. Zanuck avec de nombreuses séquences de batailles), des séances d'écriture entre
Francis Ford Coppola et
Gore Vidal (scénaristes du film).
Michel Wyn croise ensuite habilement le fond et la forme de
Paris brûle-t-il ?, insiste sur le côté psychologique de l'entreprise et la complexité véridique des personnages représentés à l'écran (les communistes obligés de s'allier aux gaullistes dans la Résistance). Enfin, notre interlocuteur passe en revue le casting ahurissant du film et dresse un portrait sincère et sans langue de bois de
René Clément, "un homme peu amical, plutôt imbu de son talent, un véritable tueur, menant souvent la vie dure aux acteurs souverains sur le tournage mais qui avait longuement hésité à réaliser Paris brûle-t-il ? puisqu'il n'avait aucun regard définitif ni sur le scénario ni sur le casting et le montage, production Paramount oblige". D'anecdote en anecdote sur le tournage hors normes,
Michel Wyn propose ici un long et passionnant retour sur le chef d'oeuvre de
René Clément.






B ) Le Contexte historiqueDominique Lapierre, co-auteur du livre Paris brûle t-il ? (30min27)Egalement auteur du célèbre best-seller
La Cité de la joie (adaptée au cinéma en 1992 par Roland Joffé), Dominique Lapierre a surtout co-écrit
Paris brûle-t-il ? avec Larry Collins en 1965, oeuvre vendue à 20 millions d'exemplaires qui a fait l'objet de trente traductions. A travers un entretien téléphonique illustré de nombreuses archives, Dominique Lapierre revient sur ses enquêtes menées durant trois ans et celles menées par son collaborateur américain (journaliste pour le magazine Newsweek) qui ont ensuite débouché sur le récit
Paris brûle-t-il ?. Notre interlocuteur nous fait part de leurs découvertes, des témoignages recueillis (dont celui du véritable Général Dietrich von Choltitz qui s'est entièrement livré à eux dans sa retraite de Baden-Baden), replace l'histoire dans son contexte en évoquant les grands noms figurant dans le récit, fait part de ses souvenirs personnels liés à la Libération de Paris (il avait 13 ans à l'époque) et clôt cet entretien en parlant de l'adaptation cinématographique de son roman. Même si certains propos ont tendance à paraphraser les évènements mis en scène dans le film de
René Clément, Dominique Lapierre donne une furieuse envie de lire ou de relire son récit disponible chez Robert Laffont et Pocket.
Vladimir Trouplin, conservateur du musée de l'Ordre de la Libération de Paris (53min27)A travers dix modules, Vladimir Trouplin nous propose un exposé exhaustif, attachant et brillant sur le contexte de la Libération de Paris. Ces dix parties sont ainsi réparties, Von Choltitz (9min02), Le rôle de Nordling (3min07), Le Conseil national de la Résistance (7min48), Les fusillés de la cascade (2min36), L'insurrection (9min49), Le point de vue américain (4min10), La Deuxième Division Blindée (4min01), La Libération (9min52), La fin de la guerre (1min36), Un film gaulliste ? (2min46). Chacun de ces segments est encore une fois abondamment enrichi par des photos des personnages cités, met en parallèle le film, le roman et le film de
René Clément, approfondit l'histoire de certains protagonistes (Von Choltitz notamment) et moments clés (la prise de la Préfecture de Paris, la grève de la police) évoqués
dans Paris brûle-t-il ? (les tensions entre gaullistes et communistes unis dans la Résistance). Ne loupez pas en particulier le segment intitulé La Fin de la guerre où Vladimir Trouplin évoque un épisode méconnu de l'histoire de la Libération de Paris. En effet, si Paris a été libéré, la guerre n'est pas terminée (elle durera encore huit mois) et la capitale française a même subi des bombardements de la Luftwaffe le soir du célèbre défilé de De Gaulle sur les Champs-Elysées (le 26 août 1944) ayant entraîné la mort de 500 parisiens. Enfin, Vladimir Trouplin revient sur une polémique récurrente sur le film de
René Clément, accusé d'avoir réalisé un film gaulliste. Le conservateur du musée de l'Ordre de la Libération de Paris explique pourtant que les divergences stratégiques sont bien représentées dans le film entre communistes et gaullistes, bien que notre interlocuteur avoue que la violence populaire a été quelque peu édulcorée et que le film fait l'impasse totale sur les violences affligées aux femmes.





C ) Le film dans l'OEuvre de René Clément (31min53)Denitza Bantcheva avait déjà parlé du cinéma de
René Clément dans le documentaire rétrospectif consacré au film
Les Maudits (lire notre
test). Auteure d'un ouvrage sur le cinéaste, elle propose cette fois encore une étude minutieuse et approfondie de Paris brûle-t-il ? en croisant le fond (concilier les exigences des gaullistes et des communistes) et la forme (les partis-pris esthétiques, les effets de lumière), le tout étant illustré par des dessins préparatoires réalisés par
René Clément lui-même. Si certains propos n'évitent pas la redondance avec tout ce qui a déjà été entendu dans les segments précédents, Denitza Bantcheva est tout aussi brillante que ses prédécesseurs et livre ici de nombreux secrets sur la conception du film de
René Clément, le réalisateur français le plus couvert de prix à l'époque, conspué par les jeunes critiques de la Nouvelle Vague, récompensé par deux Oscars du meilleur film étranger. Notre interlocutrice explique l'arrivée aux commandes de
René Clément sur cette énorme production internationale et insiste sur le fait que, s'il n'est pas pour elle un chef d'oeuvre dans la filmographie du réalisateur, Paris brûle-t-il ? demeure un cas sans précédent et sans équivalent d'épopée historique dans le cinéma français. Avec sincérité, Denitza Bantcheva déclare que le film n'est pas exempt de défauts mais qu'il a néanmoins mieux vieilli que d'autres productions hollywoodiennes du même genre comme
Le Jour le plus long. Finalement, on ne regrette qu'une seule chose, c'est que Denitza Bantcheva n'ait pas commenté le film dans son intégralité tant ses propos et anecdotes se révèlent précieux.


